L’unité de l’Esprit (W. Kelly)
1) L’unité de l’Esprit et ses dérives
Qu’est-ce que l'unité de l’Esprit ?
Nous n'avons pas besoin d'insister longuement sur ce qui est assez clair pour tout lecteur chrétien, c'est-à-dire l'importance que Dieu attache à ce que nous gardions l'unité de l’Esprit. Il est vrai que le mot s'appliquer ne rend pas toute la force du mot employé par l'Esprit Saint. Dans le langage ordinaire actuel, l'expression « s'appliquer à » est attribuée habituellement à une tentative ou à un effort des hommes, même sans espoir de le mener à bien. Ils sentent qu'ils peuvent échouer mais, quoi qu'il en soit, ils essaient ou s'appliquent à faire ceci ou cela. Tel n'est pas le sens de ce terme ici. Il s'agit plutôt du zèle pour prendre garde à réaliser ce qui existe déjà, mettant toute diligence à garder l'unité de l'Esprit par le lien de la paix. Ainsi, cette exhortation n'a pas en vue un effort pour atteindre l'unité mais un empressement à la garder. Car l'unité de l'Esprit est pour la foi un fait qui demeure, et notre devoir tout aussi actuel est de la garder. Non pas que nous ayons à faire notre propre unité, ou que ce soit à Dieu de la former au ciel peu-à-peu pour nous. C'est ici-bas et maintenant que l’Esprit a formé cette unité, et la garder est clairement notre responsabilité sur la terre. Il y a sans doute beaucoup à apprendre du fait qu'il s'agisse réellement de « l'unité de l’Esprit » - ainsi qu'elle est appelée. Ce n'est pas du tout une simple unité provenant de nous-mêmes. Ce n'est pas non plus l'unité du corps (bien qu'elle en soit un résultat) . Mais c’est l'unité du Saint Esprit, lequel a baptisé en un seul corps tous ceux qui croient, qu’ils soient Juifs ou Gentils, esclaves ou hommes libres. Cette expression met en avant l’Agent divin, source et puissance efficacede l'unité, le Saint Esprit. Elle suppose et inclut l'unité du corps. Du reste, l'unité du corps est une réalité si positive et permanente que les expressions utilisées à son propos, en raison même de sa nature, s'avèrent souvent incorrectes : diviser le corps est une expression du langage ou des écrits humains, mais jamais de la Parole de Dieu. De même que pas un des os de Christ ne devait être brisé, ainsi le corps de Christ, qui est l'Assemblée, ne peut être divisé. « [Il y a] un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés pour une seule espérance de votre appel » [v.4]. Telles sont les vérités vitales, éternelles et immuables dans cette nouvelle relation. Aussi sûrement qu’un seul Esprit a été envoyé du ciel, ainsi il n'y a qu'un seul corps sur la terre. Et ce que les membres de ce corps sont appelés à garder, c'est l'unité de l'Esprit.
Ce n'est pas, comme beaucoup le comprennent, l’unité de la famille, où le Seigneur guide chacun et tous dans la communion avec le Père et le Fils - chose assurément très désirable, juste et bénie à sa place, mais dont il est parlé plutôt en Jean 17:21-22 qu’ici. L'expression « afin qu’ils soient un », dans l'Évangile de Jean, se rapporte à notre élévation, par grâce, au-dessus de tout ce qui pourrait nous maintenir séparés [les uns des autres], [étant] un dans le Père et le Fils. Et c'est pourquoi le Fils demandait pour nous au Père que nous soyons caractérisés par l'unité.
Mais, dans notre passage, comme dans les écrits de Paul en général, du moins là où le sujet du « corps » est introduit, c'est une autre vérité, bien qu'elle concerne les mêmes objets. Il ne s'agit pas du tout d'un état de l'âme, contingent ou changeant, mais du fait permanent et béni que Dieu a établi une unité pour sa propre gloire par la présence de son Esprit, lequel nous a unis à Christ, notre tête exaltée dans le ciel.
Il y a depuis la Pentecôte une unité divine sur la terre. Ce n'est pas un simple groupement d’individus appelés à jamais par grâce, mais [l'ensemble de] ceux maintenant faits un par l’Esprit de Dieu. Il y a ainsi une divine compagnie sur la terre, si l'on peut se permettre d'employer une expression aussi familière. Cette société divine ici-bas n'est pas formée par la volonté des personnes qui la composent, bien qu'il soit supposé que leurs cœurs, s'ils sont droits et intelligents, s’accordent parfaitement avec la grâce qui les a ainsi unis. Mais l'Église (ou l'Assemblée) de Dieu est formée par la volonté de Dieu. Ainsi qu'il l'avait [établie] dans son conseil par sa grâce, de même il la constitua de manière vivante par sa puissance, le Saint Esprit étant l’agent de cette unité bénie. C'est pourquoi le Saint Esprit porte l'intérêt le plus profond et le plus intime à la réalisation de cette unité, pour la gloire de Christ, selon les conseils du Père. Elle est appelée l'unité de l'Esprit. Mais que personne ne s'imagine pouvoir garder avec intelligence l'unité de l’Esprit et oublier un seul instant, en principe ou en pratique, l’unité du corps de Christ.
Quelles sont les dérives par rapport à l'unité de l’Esprit ?
Évidemment, les saints peuvent faillir à garder cette unité de diverses manières. Mais il y a deux directions générales (bien qu’opposées) dans lesquelles la faillite peut se produire, et qui sont aussi répandues que manifestes.
La première est d'établir une unité plus large que celle de l'Esprit, la deuxième est d’en établir une unité plus étroite. D'une part, il peut y avoir un laxisme mondain ou, d’autre part, un simple esprit de parti. Et le danger est si grand que seul l'Esprit de Dieu peut maintenir nos yeux regardant à Christ par la Parole. Quel que soit le motif ou l'excuse, c’est bien sûr la volonté propre de l'homme qui est au fond le motif qui agit en opposition à la volonté de Dieu.
1) Une unité plus large que celle de l'Esprit – L’indifférence au mal
Dans le premier cas, les hommes sont enclins à élargir l'unité. Ils insistent pour accueillir des multitudes au-delà des membres du corps de Christ - âmes reçues comme étant de Christ, sans raisons suffisantes pour cela. Oh ! quel déshonneur pour ce Nom excellent ! Je ne parle pas de faiblesse en recevant quiconque supposé être sincère, mais de l'intention délibérée d'accepter et de traiter comme membres du corps de Christ des personnes qui ne professent même pas en faire partie, et qui à l'évidence ne sont jamais passées de la mort à la vie. Rome, il est vrai, a fait cela tout au long de sa domination médiévale sur l'occident - et les Églises Orientales, Grecques, Nestoriennes, etc, ne firent pas mieux que l'Église Catholique, avant le grand schisme qui les fit s'opposer. Elles avaient toutes recherché et accueilli le monde, par le moyen d'ordonnances charnelles, en dehors de la foi et de la réception de l'Esprit. La Réforme, malgré tout ce qu'elle a fait, n'a pas rectifié de manière adéquate cette erreur fondamentale. Le Protestantisme rejeta la « femme » dominant sur les nations (sur toutes si elle avait pu) mais, ne connaissant pas l'unité de l'Esprit, établit sa propre religion indépendante, dans chaque sphère où s'étendait son influence. Tel est le principe bien connu des corps [« églises »] nationaux, où qu'ils soient, en Angleterre, en Écosse, en Allemagne ou en Hollande. Elles professent recevoir tous les gens respectables dans leurs diocèses et paroisses. C'est l'aveu clair d'une religion pour tous, qui n'a en aucune manière l'intention ou le désir de n’admettre nul autre que des membres vivants [du corps] de Christ. Les relations de naissance ou de proximité sont acceptées tant qu'il n'y a pas de scandale public. On ne s'enquiert pas de la présence de la vie divine et de la foi, encore moins du don du Saint Esprit, comme autrefois (Actes 11:16-17). C'est une manière de faire plus appropriée à Israël qu'à l'Assemblée où il n'y a ni Juif ni Grec, mais où tous sont un dans le Christ Jésus [Gal. 3:28]. [Avec ces églises nationales] il est question de vie de famille ou de limites géographiques. Les gens ne sont ni Israélites ni païens mais reconnaissent la religion chrétienne, et ils appartiennent à ce qui est communément appelé églises nationales. N'est-il pas clair que dans une église nationale l'unité de l'Esprit ne peut pas être gardée ? On peut être un vrai croyant, un enfant de Dieu, mais il n'y a ni la pensée ni la possibilité, pour un membre d'une église nationale, de garder en elle « l'unité de l'Esprit ». En conséquence, ses membres parlent de l'Église d'Angleterre, non pas de l'Église de Dieu en Angleterre, et encore moins considèrent-ils tous ceux qui sont à Christ sur la terre.
Le fait est qu'en s'échappant de Babylone, ils en sont arrivés à reconnaître une unité entièrement différente et opposée à celle de l'Esprit. Ils ont établi une unité qui, en fin de compte, aurait compris toute la nation, sauf peut-être ceux qui rejettent toute forme religieuse. Car je n'oublie pas que la “Rubric” se prémunit contre [le cas d’un] scandale odieux ou public. Il est cependant notoire qu'en tout lieu et presque dans chaque famille, il peut y avoir des personnes plus ou moins respectables, hommes de bonne moralité et aimables, mais sachant eux-mêmes qu'ils ne sont pas nés de Dieu. Ceux-ci refuseraient de confesser être membres de Christ, s'ils n'étaient pas mal conduits à revendiquer cette place pour des raisons rituelles. La plupart d'entre eux déclinerait l'appellation de « saints », et n'hésitent pas à l'employer comme signe de mépris envers les enfants de Dieu qui, eux, n'ont pas honte de se nommer tels qu'ils sont.
Il est clair que celui qui refuse ainsi ce nom n'est pas un saint, à moins que vous puissiez honnêtement concevoir un croyant si englouti et obscurci au point de mépriser le titre que Dieu donne à ses enfants. Et soyez assurés sans aucun doute que celui qui pense et parle ainsi ou tient un tel langage ne marche pas comme il convient à un saint. Or si quelqu'un n'est pas ce que l'Écriture appelle un saint, assurément ce n'est pas un chrétien - sauf pour [avoir à faire au] jugement de Dieu, car il professe [le nom de Christ] sans réalité. N'est-il pas clair que le chrétien est un saint, et bien plus ? Il y eut des saints sous l'Ancien Testament, avant la croix de Christ. Mais pouvaient-ils réellement être appelés chrétiens ? Un chrétien est un saint depuis la rédemption, quelqu'un séparé pour Dieu par la foi en l'évangile, dans la puissance du Saint Esprit, sur la base de l'œuvre de Christ. Quel qu'ait été son état naturel auparavant, Dieu l'a vivifié avec le Christ, lui ayant pardonné toutes ses fautes [cf Col. 2:1 3]. Et maintenant, approché par le sang de Christ, il vient à Dieu comme un enfant. Il est aussi un membre du corps de Christ.
Or, ce sont ces personnes qui sont donc appelées à s'appliquer à garder l'unité de l'Esprit par le lien de la paix, en s'opposant à tout ce qui pourrait falsifier cette unité. Ce n'est pas seulement que l'esprit intérieur et la conduite personnelle extérieure doivent y convenir, ce qui est évidemment vrai. Mais quand bien même ses affections et sa marche seraient excellentes, il serait grave pour un chrétien d'annuler ou de négliger l'expression de cette unité. Tout croyant qui reconnaît une unité en dehors de celle du Saint Esprit, ne la déshonore-t-il pas ? S'il reconnaît la communion avec une église nationale, dans son pays ou dans un autre, n'est-il pas clair qu'il est hors du terrain sur lequel l’Écriture place tous les saints ? Comme nationaliste, comment peut-il garder l'unité de l'Esprit ? Il peut par ailleurs se conduire comme un véritable enfant de Dieu et, d'une manière générale, marcher dignement, dans le respect et l'amour - et [dans ce cas], il doit assurément être l'objet de la tendre sollicitude de tous qui sont zélés à garder l'unité de l'Esprit. Car si ceux-ci sont fidèles à leur appel, ils doivent prier pour la délivrance de tous les enfants de Dieu qui, en cela, ne suivent pas la volonté et la Parole du Seigneur Jésus.
Incontestablement, ceux qui reconnaissent une unité qui reçoit la chair, sur la base de rites ouverts à tout le monde, sont sur un terrain beaucoup plus large que celui de l'Esprit, et ne peuvent pas marcher en accord avec Lui. Une unité vraie est exclusive de toute autre [unité] De même qu'on ne peut servir deux maîtres, on ne peut partager une double communion. L'unité de l'Esprit n'admet aucune rivale.
2) Une unité plus étroite que celle de l’Esprit – Le sectarisme
Mais il existe une autre forme de déviation de la vérité qui peut aussi empêcher les enfants de Dieu de garder l'unité de l’Esprit. Ils peuvent, par un mauvais usage de doctrine ou de discipline, former une unité qui est plus étroite que le corps de Christ, non seulement dans les faits, mais aussi dans le principe et la . Sont-ils sur le terrain de Dieu ? Je ne le pense pas. Ils peuvent ouvertement élaborer leur propre forme de gouvernance, ou avoir en interne un système de règles convenues, quoique non écrites, qui excluent des saints aussi pieux qu'eux-mêmes mais ne pouvant pas accepter ces règles. Nous avons là une secte. Leurs décrets ne sont pas les commandements du Seigneur, et cependant, dans la pratique, ils font autorité autant que sa Parole sinon plus (comme c'est le cas habituellement). Comment donc des hommes peuvent-ils prétendre n'avoir pas de règles humaines, quand ils introduisent pour la communion de ceux qui viennent vers eux des conditions inconnues [de la Parole], ici de manière rigide, là de manière relâchée, au gré des directives changeantes ou des caprices de leurs conducteurs ? Tout ce qui est de cette nature prend la forme, non pas exactement du nationalisme, mais du sectarisme qui (bien au lieu de frontières trop larges ou vagues) cherche plutôt à séparer ceux qui devraient être ensemble : [Ils] font de leur communion une expression de leur différence d'avec leurs frères, et ne se tenant en aucune façon ensemble sur le terrain de l'unité qui est de Dieu. C'est, dans son principe, le sectarisme. Et s'ils sont plus instruits, ils sont plus coupables que des dissidents ordinaires.
Sous ce rapport [de déviation étroite], nous trouvons les enfants de Dieu souvent dispersés par la pression de discipline contestable et même fausse, ou d'une doctrine appuyée de façon exagérée, si elle n'est pas erronée. Les uns préfèrent une communion distinctement arminienne, d'autres résolument calvinienne. Les uns insistent sur des vues particulières sur le retour et le règne de Christ, d'autres quant au ministère, aux surveillants, aux anciens, etc, d'autres encore sur le baptême, ses modalités ou ceux à qui il est administré. Ces législateurs ecclésiastiques ne semblent pas conscients que ces doctrines ou pratiques abusives sont incompatibles avec garder l'unité de l'Esprit dans le lien de la paix, eux-mêmes étant dans l'erreur, sinon dans leurs vues, du moins dans leur manière de les imposer.
Derrière ces aberrations publiques et incontestées de la volonté de Dieu à l'égard de ses enfants, on découvrira qu'il existe des causes prédisposantes qui attristent le Saint-Esprit et empêchent le discernement vrai et spirituel du saint.
Quelles sont les causes de ces déviations ?
Les obstacles les plus personnels et peut-être les plus courants découlent d'un état d'âme dans l'ignorance d'un évangile qui délivre pleinement. Dans ces circonstances, le péché n'a jamais été jugé à fond devant Dieu et, par conséquent, la délivrance (Rom. 8:2) n'est connue que partiellement, voire pas du tout, même en principe. La puissance de l'Esprit est encore moins présente en pratique dans l'application sans réserve de la mort avec Christ à soi-même. Peut-être n'a-t-il été que faiblement appréhendé que le pardon des péchés est une chose complète, comme le montre la notion de la nécessité d'un nouveau recours au sang du Christ, ou (comme d'autres le diraient) d'un processus constant de purification en cours, qu'ils fondent sur une mauvaise compréhension du temps présent dans 1 Jean 1:7, le réduisant par ignorance de sa portée morale à un simple temps actuel. D'autres encore ont une vision tout à fait superficielle et même fallacieuse du monde, comme s'il était désormais tout entier consacré au chrétien par la croix de Christ, alors qu'au contraire le chrétien est crucifié au monde, et le monde l'est à lui. La chair et le monde étant ainsi jugés de manière inadéquate selon la parole de Dieu à la lumière du Christ ressuscité, le cœur n'est pas en communion avec Dieu concernant tout ce qui est à l'intérieur et à l'extérieur. Bien qu'il puisse y avoir le plus grand zèle pour les âmes dans la mesure où leur danger et la grâce de Dieu sont compris, et un amour véritable et brûlant pour que Christ soit honoré dans leur bénédiction, la nature humaine a encore une grande place, et la Parole et l'Esprit de Dieu ne gouvernent pas absolument un cœur séparé pour Celui qui est mort, ressuscité et glorifié dans les hauts cieux.
Dans ces conditions, comment peut-on s'attendre à ce que les âmes aient un jugement sain ou spirituel sur l'Eglise, compliquée comme la question l'est aujourd'hui par son état de ruine ? Elles accordent de la valeur à la science, aux lettres, à la philosophie, qui exaltent la chair, ainsi qu'aux associations qui leur permettent d'être à l'aise et honorées dans le monde. Par manque d'intelligence de la Parole et par manque de communion avec le Père et le Fils, ils échouent à juger le présent âge mauvais et sont absorbés par "leurs propres affaires", voire en recherchent toujours de plus grandes. Par conséquent, ils sont en danger d'être les victimes de préjugés et de présupposés. En pratique, ils ne donnent pas au Christ la place suprême qui lui revient ; ni ne s'élèvent librement au-delà de la bienveillance fraternelle vers l'atmosphère plus pure de l'amour selon Dieu, afin de prendre soin de l'Assemblée sans égoïsme, en tant que corps du Christ. Ils ne sont pas prêts à rompre complètement avec le vain discours que la tradition a générés tant dans la chrétienté que jadis dans le judaïsme. Ils reculent devant les conséquences éprouvantes que l'obéissance totale et sans hésitation à la vérité doit entraîner pour chacun de ceux qui sont soumis au Seigneur. L'œil n'est pas simple, et donc le corps n'est pas plein de lumière ; le chemin paraît incertain, la parole semble difficile, et la foi qui suit le Seigneur à tout prix paraît contenir un danger.
Faut-il alors être prudent et exiger de l’intelligence avant une réception ?
Devons-nous donc nous en remettre à la prudence et exiger une certaine mesure d'intelligence avant une réception ? Ce n'est là qu'un des principaux dangers qu'il faut toujours éviter assidûment et traiter comme une erreur de principe, oui, comme un péché contre Christ et L'Église. Aussi, rien ne pourrait tendre plus directement à créer la plus sectaire de toutes les sectes que d'exiger, d’âmes qui cherchent à se joindre, un jugement juste sur la vérité la moins connue des saints, à savoir le mystère du Christ - ou en particulier l'unité du corps – ce qui est rendu encore plus difficile pour eux (et probable en pratique) par les divisions émergentes de la condition déchue actuelle de la chrétienté. On n'a jamais entendu parler d'une telle exigence, même au début de l'Église, lorsque la présence du Saint-Esprit était une chose toute nouvelle. Les saints étaient reçus sur confession du nom du Christ, Dieu ayant donné à tous le même don, son sceau et son passeport. Au commencement, l'intelligence était de la part de ceux qui reconnaissaient la valeur de ce nom et le don de l'Esprit en vue d’eux-mêmes. S'ils avaient exigé la connaissance au sujet de l'Eglise comme condition de communion, cela aurait en fait prouvé leur propre manque d'intelligence, et contré ce pour quoi Christ est mort - le rassemblement en un des enfants de Dieu dispersés.
La ruine actuelle de l'Eglise a-t-elle changé ce principe fondamental ? Le solide fondement de Dieu subsiste, mais avec ce sceau : Le Seigneur connaît ceux qui sont siens ; et, Que quiconque invoque le nom du Seigneur se retire de l'iniquité. Ce qui porte son nom est comme une grande maison avec des vases à honneur et des vases à déshonneur. Et de ces derniers l'homme doit se purifier, s'il veut être lui-même un vase à honneur, sanctifié, propre à l'usage du Maître, préparé pour toute bonne œuvre. Lorsque l'état public est mauvais, la fidélité individuelle à Christ est impérative : il ne faut pas que l'unité la supplante, ni contraindre le chrétien d'associer le nom du Seigneur à l'iniquité. La pureté personnelle doit également être poursuivie, et pas de manière isolée, mais avec ceux qui invoquent le Seigneur d'un cœur pur. Pas un mot sur l'exigence d'une connaissance ecclésiastique ou doctrinale, mais "avec ceux qui invoquent" &c., c'est-à-dire avec de vrais saints à une époque de profession lâche et creuse.
Plus tard, à « la dernière heure » selon l'apôtre Jean [1 Jn. 2:18], nous voyons avec quelle force l'Esprit insiste sur les principes du commencement : « Quiconque croit que Jésus est le Christ, est né de Dieu; et quiconque aime celui qui a engendré, aime aussi celui qui est engendré de lui. Par ceci nous savons que nous aimons les enfants de Dieu, c'est quand nous aimons Dieu et que nous gardons ses commandements ; car c'est ici l'amour de Dieu, que nous gardions ses commandements, et ses commandements ne sont pas pénibles, parce que tout ce qui est né de Dieu est victorieux du monde ; et c'est ici la victoire qui a vaincu le monde, [savoir] notre foi. Qui est celui qui est victorieux du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? » [1 Jn. 5 : 1 -5] En présence de plusieurs antichrists, Christ demeure la pierre de touche. L'Esprit tient [fermement] à sa Personne, sans aucune hésitation. Ajouter quoi que ce soit, c'est porter atteinte à Christ, c'est déshonorer son nom.
La connaissance de la vérité ou la croissance en intelligence spirituelle doivent-ils donc être dédaignés ? En aucune manière ! Mais il est faux et vain d'exiger ces deux choses comme condition préliminaire chez des croyants qui recherchent la communion selon Dieu. Aidez-les, enseignez-les, conduisez les dans ces deux choses. C'est un véritable service, un service difficile en vérité. Mais l'autre [attitude] est sectaire et fausse.
Quelles sont les conséquences d’une telle exigence sectaire ?
S'il se trouve des gens qui plaident en faveur d'une telle déviation [c.à.d. trop étroite] de l’Écriture et notamment de la vérité caractéristique de l'Assemblée de Dieu, qu’ils laissent leur nouvelle invention être dévoilée [comme étant] en opposition avec le Seigneur, en sorte que d'autres aussi craignent. Christ demeure toujours le seul critère, le seul centre, auquel le Saint Esprit rassemble. Ce que déclara le Seigneur juste avant que l'Église ne soit constituée demeure d'autant plus manifestement vrai qu'il est maintenant déshonoré dans la maison de ses amis d'aujourd'hui comme il l 'a été dans celle de ses amis d'autrefois : « Celui qui n'est pas avec moi, est contre moi ; et celui qui n'assemble pas avec moi, disperse » (Mat. 12:30). Il est impératif d'être [d'abord] avec Christ, chacun pour sa propre âme, afin de plaire à Dieu et de ne pas déshonorer son Fils. Mais, tout comme le privilège et le devoir de la fidélité individuelle, il y a maintenant aussi le devoir de rassembler. Et celui qui n'assemble pas avec lui ne fait que disperser, quelles que soient les apparences contraires. C'est un Christ autrefois rejeté et mort, maintenant ressuscité et glorifié, qui est le centre d'attrait. En conséquence, le signe de sa mort dans la fraction du pain est également le signe du seul corps, que nient et méprisent de fait ceux qui voudraient le restreindre au petit nombre des leurs, refusant les « plusieurs » [lit : nombreux], c'est-à-dire tous ceux que Christ considère et accueille. Il n'a pas demandé de faire cela, ni sanctionne-t-il une telle façon d’agir dans sa Parole. Et sans être autorisé par Lui, qu'est-ce sinon une [activité] de parti, de restriction arbitraire, qui refuse non seulement les vils, mais aussi les précieux, à moins qu’ils adhèrent à leur façon d’agir non-autorisé (qu’ils la jugent bonne ou non) ? Ainsi la tendance directe est de contraindre et de démoraliser ; car ce que l'on recherche n'est pas une conviction basée sur la Parole, mais plutôt une soumission aveugle sans conviction scripturaire, un simple acquiescement souvent réticent et sans joie, une apparence de communion qui n'est plus vivante mais morte. Car l’Esprit que nous avons est assurément un esprit, non de crainte, mais de puissance, d'amour et de conseil [2 Tim. 1 :7] ; et en aucun cas il ne cautionne ce qui est ainsi formel dans son caractère, [imposé] sous pression ou influence humaine.
Les conséquences sont terribles : (1) un encouragement pour les esprits les plus téméraires et turbulents qui, maintenant plus que jamais, voudraient « tenir les rênes » ; (2) la retraite proportionnelle, de leur juste place donnée par la grâce, de ceux qui ne veulent pas conduire si ce n’est dans la crainte du Seigneur et par Sa parole; (3) une destruction des principes moraux chez ceux (et ils sont nombreux) qui cherchent à taire leur [propre] désapprobation de ce mouvement [sectaire] dans son ensemble et dans ses détails, soit par attachement aux conducteurs, soit par désir de rester attachés au grand nombre qu'ils assimilent à l'unité. Protestez (disent certains) mais restez au dedans ; autrement dit, protestez, mais en paroles seulement ! Nous avions l'habitude de considérer cela comme le compromis douloureux d’évangéliques attaché à leur lieu. Mais n’observons-nous pas maintenant un tel compromis être dressé là où il ne devrait pas l’être, et on appelle cela « unité »!
Mais toute la différence entre la vérité et l'erreur réside en ceci : d'une part une marche qui est cohérente avec l'unité de l'Esprit pour la gloire de Christ, réalisée en sainteté et en grâce selon sa Parole, et d'autre part l’abus de l’unité, égarant et se trompant soi-même, pour encourager un parti enclin à diviser avec violence, qui a refusé l'humiliation et la prière pour arrêter le mal, et a déclaré que l'Écriture n'était pas nécessaire pour ses exigences ou sa justification.
Aucun croyant intelligent ne demandera, comme un Juif, une citation positive de commandements ; personne ne s'attend à trouver dans l'Écriture la formulation d'un lieu ou d’une circonstance relative à notre époque. Parler comme si l'on recherchait cela c'est éviter la question et se condamner encore davantage. Où est le principe scripturaire permettant de faire d'une divergence d'opinion locale un instrument de division universelle ?
Incontestablement lorsqu'une question est soulevée avec pour sanction une dispersion mondiale des saints, ceux qui aiment l’Église doivent avoir la conviction que l’épreuve vient de Dieu, selon sa Parole.
Faut-il agir envers des erreurs ecclésiastiques (corps) comme envers celles concernant Christ (tête) ?
Quelques-uns d'entre nous se souviennent d'une telle épreuve, il y a plus de 30 ans. Mais alors il s'agissait de savoir si nous pouvions consentir à mettre en débat la question d'un vrai ou faux Christ. Nous avons rejeté ceci avec horreur, alors qu'un grand nombre de croyants étaient pourtant attachés à leurs conducteurs (même quand ceux-là ignoraient le jugement de l'assemblée où le mal s'était manifesté). Ces conducteurs laissèrent au contraire entrer des partisans reconnus d'un docteur notoirement antichrétien et nièrent formellement leur responsabilité de juger solennellement pour eux-mêmes ce mal. Ce n'était pas une question humaine. C'est l’exigence certaine et distincte du Seigneur. Nous sommes enseignés par Dieu à refuser quiconque n'apporte pas la doctrine du Christ (2 Jean).
Cela va bien au-delà de l'attitude à observer envers ceux qui agissent dans l'indépendance ou qui forment une secte. Aucune erreur ecclésiastique, aussi réelle et grave soit-elle, ne saurait justifier une telle rigueur. La vérité fondamentale de la Personne de Christ exige cela. Nous le devons à celui qui est notre Seigneur, qui est mort pour nous et dont la Parole garde la gloire comme rien d'autre. Dire qu'il s'agissait alors de la Tête et maintenant du corps, de manière à mettre autant que possible les deux sur un pied d’égalité, c’est à la fois manquer de foi en Lui et manquer d'intelligence dans la Parole. Cela revient à exalter l'Église de façon indue et même impie, et ce n'est pas seulement une énormité sans spiritualité, mais une évidente excuse pour céder au sectarisme. Nous n'aurions jamais pu justifier notre manière d'agir en 1848-49, si Christ n'avait pas été blasphémé. Il est absolument contraire à l'Écriture de mettre, comme pierre de touche, l'Église au même niveau que Christ - même s'il avait été vrai, ce qui n’était pas le cas dernièrement, que la vérité du seul corps était en jeu - car le rassemblement qui avait commencé à tort n'était nulle part reconnu. La comparaison [épreuves de 1848 vs 1881] est un sophisme. Car la question d'alors [1848] ne concernait absolument pas Christ comme Tête du corps, de l'Église, mais sa Personne et sa relation avec Dieu. Un antichrist était enseigné ; il ne s'agissait pas seulement, aussi grave fut-il, d'un manquement pour garder Christ Tête du corps.
Et maintenant [1881], bien loin de garder l'unité de l'Esprit, bien loin d'agir fidèlement sur la base de l’unité du corps, l'objectif a été et est de nous forcer à reconnaître un rassemblement qui est délibérément allé de l’avant et s'est constituée en parti par sa propre volonté, un rassemblement qui n'a jamais encore reconnu adéquatement et honnêtement ces péchés publics à ceux contre qui ils ont péché, pour ne pas dire à tous les saints. Le but, bien sûr, était vraiment la division, car aucun chrétien sobre ne pense que de telles voies sont justes ; mais certains étaient résolus, quoi qu'il en coûte, à trancher entre ceux qui étaient prêts à accepter comme étant de Dieu un rassemblement coupable d'un travail de parti non jugé, et ceux qui ne pouvaient que rejeter une telle indépendance pour l'amour de Christ et de l'Église. S'il ne s'agit pas là d'un test humain, et donc comme résultat d'une secte, il serait difficile de trouver l'un ou l'autre ; car le motif n'est même pas une différence de doctrine, encore moins en ce qui concerne Christ, mais tout au plus une question de discipline, même si la discipline était juste. Mais j'irai plus loin :
Prenons un exemple : l'espérance du retour de Christ. Vous savez à quel point il est important pour les chrétiens d'attendre, en vérité et de cœur, le retour de Christ du ciel. Mais exigeriez-vous que ceux qui recherchent la communion au nom du Seigneur comprennent et confessent cette espérance avant que vous ne les receviez dans le Seigneur ? Cela ne serait-ce pas une secte ? Il se peut que votre affirmation de l'espérance chrétienne soit tout-à-fait juste, et que la personne qui recherche la communion soit tout-à-fait ignorante sur ce sujet. Mais qui vous autorise, vous ou d'autres, à vous tenir à la porte et à lui interdire l'accès ? Supposons que, entretenant quelque pensée erronée, la personne s'imagine que le chrétien, comme le Juif ou le Gentil d'Apocalypse 7, doive traverser la grande tribulation de la fin. Il est certain qu'une telle âme comprend bien peu la position du chrétien, ne réalisant pas son union avec Christ dans les cieux - qui nous est donnée à connaître par le Saint Esprit aujourd'hui. De là vient la confusion dans laquelle elle se trouve, et le fait qu'elle ne sache pas que le Seigneur viendra du ciel et prendra les siens avant les jours de ces terribles jugements qui viennent sur le monde. Peut-être même partage-t-elle les idées de gens aussi peu sages que certains à Thessalonique, et cède-t-elle à l'illusion d'échapper à la grande tribulation, comme quelques-uns l'ont fait il y a 40 ans en allant au Canada. Trop occupés de la prophétie, ils avaient perdu de vue, ou n'avaient jamais connu, la véritable espérance de la venue de Christ. Chaque fois que nous sommes absorbés par une chose, prophétie, église ou évangile, plutôt que par Christ, n'est-ce pas la grâce seule qui peut nous empêcher de nous égarer encore davantage ?
2) La pratique de l'unité de l’Esprit
Quelle est l’étendue de l'unité de l’Esprit ?
Ceci m'amène au point principal sur lequel je veux insister. L 'unité de l’Esprit embrasse non seulement les intelligents mais les plus simples des enfants de Dieu. Elle considère le corps de Christ et tous ses membres en particulier. Car ceux qui croient à l'évangile du salut ont le Saint Esprit demeurant en eux et sont membres de Christ. Ils sont donc responsables de marcher, comme [aussi] nous devons le reconnaître Lui, dans cette relation que la grâce a accordée à tous. Comme membres du corps de Christ ils sont diligemment tenus de garder l'unité de l’Esprit. Il y a des églises nationales et des sociétés dissidentes au sein desquelles il y a beaucoup, sinon une majorité d'enfants de Dieu. Ces systèmes, en se réclamant comme étant des églises, sont une source de grande perplexité pour le croyant. Le mal de l'esprit de parti, qui s'est manifesté dès les premiers jours, non seulement se répète, mais opère maintenant avec une très grande aggravation. Pourtant la grâce cherche à fortifier ceux qui désirent faire la volonté de Christ selon leur véritable relation. C'est l'homme, et l'homme poussé par l'ennemi, qui multiplie les pierres d'achoppement et les difficultés, insurmontables en apparence, si bien que les enfants de Dieu peuvent être tentés d'abandonner la vraie unité. Évidement tout fidèle serviteur du Seigneur doit s'efforcer, sinon de lever ces obstacles, du moins d'aider les enfants de Dieu à les surmonter. En un jour de confusion croissante, l'effort constant de l'ennemi est de tromper, déconcerter et laisser croire que vouloir garder l'unité de l'Esprit est sans espoir.
Quelle attitude est nécessaire pour garder l’unité de l’Esprit ?
Considérons bien si nous nous appliquons à garder cette unité dans la paix. Sans doute y a-t-il des dispositions et des conditions intérieures nécessaires pour réaliser cela justement. Certains disent que le mystère [de Christ et de l'Assemblée] doit être connu. Je ne doute pas qu'une telle intelligence de ce mystère soit importante à sa place et en son temps. Mais l'apôtre n'y fait pas la moindre allusion ici. Que dit-il ? « Avec toute humilité et douceur, avec longanimité, vous supportant l'un l'autre dans l'amour. » Telles sont les vertus explicites et notables que l'apôtre recherche chez ceux qui désirent garder l'unité de l’Esprit. N'est-il pas bon d'interroger nos âmes pour savoir si notre confiance s'appuie sur la parole de l'apôtre ou sur les théories de l'homme ? Oh, puissions-nous cultiver entre nous de telles voies de grâce et presser d'autres de faire de même, pour marcher d'une manière digne de notre appel ! Pourrions-nous douter du fait que ce n'est qu'à cette condition que nous pouvons garder cette unité, non pas avec précipitation ou dureté - non pas en manquant de patience envers les autres ou en ayant confiance en nous-mêmes, mais avec toute humilité et douceur, avec longanimité, nous supportant l'un l'autre dans l'amour ? Toutes ces choses étaient alors nécessaires. Sont-elles moins indispensables maintenant que nous connaissons de bien plus grandes difficultés ?
Car au début il n'y avait aucune confusion vu l'absence d'églises rivales, qui aujourd'hui revendiquent chacune le titre d'Assemblée de Dieu sur la terre. L'obstacle majeur venait du dedans. Aujourd'hui ces choses se sont développées, et d'autres obstacles encore. Suis-je en relation avec une quelconque association qui ignore la vérité du seul corps et du seul Esprit ? Suis-je associé à quoi que ce soit s'opposant systématiquement à cette unité ? Il ne s'agit pas seulement de personnes dans le mal, qui s'introduisent à l'insu de tous. Ce qui est fatal n'est pas que le mal entre, mais qu'il soit connu et toléré. Combien de mauvaises choses ne sont-elles pas entrées dans l'Église, même dans les jours apostoliques ! Mais Dieu reconnaît l'unité comme étant celle de l'Esprit, à condition qu'il y ait le désir sincère, dans la dépendance du Seigneur et selon sa Parole, de se garder ou de se purifier du mal. Ce n'est pas l'entrée, ou la gravité ou le caractère du mal qui détruisent l'assemblée, mais c'est quand elle persiste à tolérer un mal connu sous couvert du nom du Seigneur. Dieu ne va pas cautionner, dans son Église, la tolérance d'un quelconque mal véritable. Le mal, quelle que soit sa forme ou sa mesure, doit être jugé incompatible avec la présence de Celui qui y fait sa demeure. L'Église est la colonne et le soutien de la vérité. Comment la fausseté peut-elle être traitée avec indifférence dans la maison du Dieu vivant ? Christ est la vérité, et sans contredit le mystère de la piété est grand. De là l'impossibilité pour l'Église de tolérer ce qui porte atteinte à la personne de Christ. Tout levain doit être banni là où est célébrée la fête de Christ, l'Agneau pascal. Un peu de levain fait lever la pâte tout entière ; aucun ne saurait être toléré, qu'il soit moral comme en 1 Cor. 5, ou doctrinal comme en Gal. 5. Si quelqu'un appelé frère est caractérisé par la corruption ou la violence, de manière totalement opposée à la vérité, au caractère de Christ et à la nature même de Dieu, il faut qu'il soit exclu de son Assemblée.
Que faut-il donc faire si nous constatons des opinions, des jugements et des principes à l'œuvre, qui empêchent, restreignent et en réalité contrecarrent l'unité de l'Esprit ? Que faire si des critères non conformes à l’Écriture sont imposés de manière à fermer délibérément l'entrée d'âmes au moins aussi pieuses que soi-même ? Que faire si la conscience envers Dieu n'est pas respectée, s'il n'y a plus place pour la liberté de l'Esprit et la responsabilité envers le Seigneur Jésus ? S'il ne s'agissait que de l'opinion d’une personne ou plus, et qu'ils ne l'imposent pas à d'autres, il n'y aurait pas là de motif suffisant d'intervention. Il serait triste de voir des saints occupés de leurs petites théories en présence de Christ et de cette Parole vivante et permanente. D'ordinaire, il suffirait d'exprimer son regret et sa désapprobation envers ce que l'on pourrait trouver inconvenant chez des chrétiens. Car nous sommes appelés à la paix, au support et à la fidélité. Si vous constatez chez d'autres quelque chose que vous ne pouvez approuver, l’Écriture ne nous avertit-elle pas abondamment, et ne nous exhorte-t-elle pas à la patience, en regardant au Seigneur ?
1) Longanimité et grâce envers des différences
Les enfants de Dieu, bien qu’ils soient appelés à manifester Christ et à jouir de lui, requièrent habituellement l'exercice de la longanimité et de la grâce. Vous-mêmes sans doute avez largement besoin du support de vos frères. On ne peut raisonnablement pas s'attendre à ce que ceux qui composent l'Église de Dieu doivent renoncer au caractère d'une famille, avec ses pères, ses jeunes gens et ses petits-enfants, pour imiter une armée sous loi martiale. L'ordre militaire est aussi éloigné que possible de ce que la Parole écrite prescrit pour l'Église de Dieu, où, au lieu d'une norme standard, prévaut la plus grande variété : des membres élevés ou humbles, forts ou faibles, ou même moins honorables (1 Cor. 12).
2) Ordre et discipline soigneuse quant-au mal avéré
L'Écriture établit la règle selon laquelle des éléments étrangers, s'ils entrent, doivent être examinés. Et puisque des maux multiples peuvent chercher à prendre pied, il y a des passages distincts de l’Ecriture qui s'appliquent à chaque cas, de la réprimande en privé à la censure publique ou, en dernier ressort, à l'exclusion. Ceux qui causent des divisions ou sont des pierres d'achoppement doivent être évités ; les sectaires, après une première et seconde admonestation, doivent être rejetés ; il faut se retirer de ceux qui marchent dans le désordre, reprendre devant tous ceux qui pèchent, ôter les méchants. Réserves et réprimandes ont leur application autant que la sentence extrême du retranchement. Personne ne contestera non plus la juste pratique de déclarer dehors ceux qui, soit sont partis refusant délibérément toute admonestation, soit méprisent et méconnaissent avec audace l'assemblée non remise en question en établissant un autre rassemblement, faisant ainsi de l'admonestation à peine plus qu'une simple forme.
3) Soumission à la Parole sans inventer d’autres formes d’excommunication
L'excommunication moindre / secondaire n'était pas encore inventée, c'est-à-dire le simple fait de « déclarer dehors » - notion étendue à englober des frères n'ayant aucune intention de s'en aller - façon commode mais contraire à l’Écriture de se débarrasser de ceux qui inspirent de l'inquiétude . Assurément, tout ce qui est fait doit l'être selon les enseignements clairs et positifs de la Parole de Dieu. C'est la prérogative du Seigneur de commander, l'église n'a qu'à obéir. Je suppose que je m'adresse à des chrétiens qui ne croient pas plus à la suffisance de la Parole écrite qu'à l'autorité suprême de Celui qui l'a écrite pour nous diriger par son Esprit. Tout développement [c.à.d. invention de pensées au-delà de la Parole] vient de la volonté de l'homme et de l'incrédulité. Dieu n'a rien oublié [dans sa Parole], que l'on doive ajouter. L'assemblée est sous les ordres du Seigneur. Si l'assemblée reconnaît quelqu'un, c'est parce que le Seigneur l'a déjà reçu. Et si l'assemblée rejette quelqu'un, c'est simplement comme faisant la volonté du Seigneur. L'assemblée n'a aucune autorité indépendante pour légiférer, mais elle est appelée à croire, prononcer et exécuter sa Parole. En conséquence, en toutes choses, l'assemblée doit se souvenir que lui est son Seigneur et qu'elle lui est soumise. Il commande, elle obéit - c'est sa seule place, son seul privilège et son seul devoir. Du moment que l'assemblée établit un critère qui va plus loin que la Parole, elle prend la place du Seigneur. C'est une assomption pratique et même un quasi-reniement de son autorité. Le résultat, c'est la formation d'une secte, un abandon de l'unité de l'Esprit.
4) Humilité de tout serviteur en étant soumis à la Parole
Les apôtres, bien qu'établis comme « les premiers » dans l'Assemblée, étaient des modèles d'humilité chrétienne. Qui fut si remarquable par sa patience que celui qui n'était en rien moindre que les plus excellents apôtres, lui à qui une place unique fut donnée, par la volonté de Dieu et l'autorité du Seigneur Jésus ? Combien alors tout vrai serviteur de Christ devrait cultiver l'humilité de nos jours ! Si quelqu'un pense être spirituel ou prophète, qu'il reconnaisse que les Écritures sont le commandement du Seigneur. Que sa soumission à la Parole du Seigneur prouve la réalité de la mission qu'il a reçue de Lui ! Ceci est de la première importance pour nos âmes aujourd'hui, car dangers et perplexités surgissent constamment et affectent les saints où qu'ils se trouvent - et ceux réunis au nom du Seigneur Jésus pas moins que les autres.
5) Courage spirituel sans compromis
Que personne ne s'imagine que nous disons ceci pour dénigrer ces hommes admirables que le Seigneur employa autrefois. Entretenez un respect sincère pour des hommes comme Luther, Calvin, Farel et Zwingli, tout en admettant les faiblesses de chacun d'eux. Il est puéril de trouver des fautes chez Tyndale ou Cranmer, et idolâtrer Melanchthon ou John Knox. C'était des hommes ayant les mêmes passions que nous, et si l'on désire examiner leurs vies et leurs travaux, il n'y a pas à chercher loin pour trouver matière à critique, ainsi que pour d'autres hommes de Dieu aujourd'hui. Est-il selon Christ d'être à l'affût de ce qui peut ne pas être selon lui ? Les défauts sont faciles à voir. Il faut aujourd'hui la puissance de l’Esprit pour marcher, non selon leurs traditions, mais dans la même foi. Rarement plus qu'aujourd'hui la foi a connu un tel déclin parmi ceux supposés être depuis longtemps exercés à ce sujet. Il est très commun de rencontrer des croyants qui gémissent sur un état de choses qu'ils considèrent comme tout-à-fait mauvais, et qui malgré cela y persévèrent pour ne pas rester isolés, etc ... Combien de fois ont-ils insisté auprès d'autres sur l'instruction d'autrefois : « Cessez de mal faire, apprenez à bien faire » [És. 1:16] ? Ils y croient sans doute, mais pourquoi ne s'appliquent-ils pas à joindre à la foi la vertu ? Ont-ils perdu tout courage en Christ et pour Christ ? Je parle de ce qui se passe actuellement pour notre honte à tous dans le monde entier. Les compromis que l'on s'attendrait à peine à trouver chez un nouveau-né en Christ caractérisent des personnes qui connaissent le Seigneur depuis longtemps et qui ont même à un moment ou à un autre connu de réelles souffrances pour la vérité.
Bien-aimés, il est de toute importance pour nous d'éprouver nos voies, pour voir si nous nous séduisons nous-mêmes, et si nous gardons l'unité de l’Esprit en pratique et en vérité. N'opposez pas à ce devoir le triste fait que l'église est maintenant en ruine. La question est plutôt celle-ci : Ne faut-il pas être obéissants en tout temps ? Il ne s'agit pas de savoir si peu ou beaucoup de membres du corps de Christ agissent ensemble selon la Parole du Seigneur. Nous-mêmes, reconnaissons-nous l'obligation d'être fidèles ? S'appliquer à garder l'unité de l’Esprit est une responsabilité constante pour les enfants de Dieu, aussi longtemps qu'ils sont sur la terre. L'Esprit demeure avec nous pour toujours ; garder l'unité de l’Esprit est donc toujours un devoir impératif.
3) L’unité de l’Esprit et la ruine de l’église
Comment recevoir des membres du corps pour garder l’unité de l’Esprit ?
Prenons un exemple pratique. Dans une salle est assemblée une compagnie de membres du corps de Christ, lesquels ne peuvent tolérer ni le chemin large du nationalisme ni les allées étroites du sectarisme. Par-dessus tout, ils désirent marcher ensemble de manière à plaire au Seigneur Christ. Quelle doit donc être leur attitude ? Quelle position ecclésiastique doivent-ils prendre s'ils veulent agir avec intelligence spirituelle et fidélité ?
Si dans cette ville des croyants se rassemblent déjà au nom de Jésus, sur le terrain du seul corps, ils ne devraient pas les ignorer. Ne pas tenir compte d'un tel rassemblement serait de l'indépendance, et non l'unité de l’Esprit. Un membre du corps de Christ qui recherche la communion devrait s'informer pour savoir si des croyants sont assemblés à son nom et à quel endroit. Supposons qu'il découvre des croyants rassemblés dans le dit local, et qu'il fasse part de son désir d'être avec eux sur le même terrain béni. S'ils l'examinent quant à sa foi, ce n'est pas par manque d'amour pour lui, mais par souci de la gloire de Christ. Ils ne le reçoivent pas simplement parce qu'il dit être un membre du corps de Christ. Ils demandent un témoignage adéquat quand ils n’ont pas de connaissance personnelle de lui. Personne ne peut être reconnu simplement sur ses propres paroles ; même l'apôtre Paul ne l’était pas au début. Dieu prit soin de donner un témoignage extraordinaire, par le moyen d'un certain disciple nommé Ananias, homme pieux selon la loi qui avait une bonne réputation auprès de tous les Juifs qui habitaient à Damas, et plus tard par le moyen de Barnabas à Jérusalem. La Parole est si claire, et par ailleurs le danger est si grand, qu'aucun croyant qui réfléchit soigneusement, avec un cœur et une conscience sincère devant Dieu, ne désirerait être accrédité sur ses propres paroles. Les âmes peuvent se séduire elles-mêmes, même en étant droites ; mais si vous ou moi devions être ainsi accrédités, où cela finirait-il ?
Donc, un chrétien désirant se souvenir du Seigneur avec eux est amené devant eux. Peut-être appartient-il, comme ils disent, à l'Église nationale, ou à une société de dissidents. Mais il est bien connu comme étant un enfant de Dieu, marchant selon la lumière qu'il a déjà reçue. Que faut-il faire ? Refuser ce membre de Christ sans le motif le plus fort de péché connu, serait jeter la honte non seulement sur lui, mais aussi sur le Seigneur. Ce serait renier notre titre, et même le vrai centre du rassemblement. Le fait d'être membre du corps de Christ, attesté par une vie de piété, est la base suffisante et seule juste sur laquelle un chrétien doit demander à être reçu. Si même on connaît tous les mystères, on possède toute connaissance, ou que l'on a toute la foi de manière à transporter les montagnes, on ne doit se réclamer que de son Nom seul.
Y a-t-il des exceptions où il faut refuser une personne, auparavant reconnue comme membre du corps de Christ ?
Mais n'y a-t-il donc pas des exceptions ? Ne peut-il pas y avoir des raisons valables pour refuser même un membre reconnu du corps de Christ ? Certainement, il y en a, comme le montre l’Écriture. Le levain de malice et de méchanceté est intolérable (1 Cor. 5). Le levain de la fausse doctrine quant aux vérités fondamentales est encore pire (Gal. 1 et 5). Et la Parole dit : « Ôtez le vieux levain, afin que vous soyez une nouvelle pâte » [1 Cor. 5:7). Voici des barrières incontestables élevées par la Parole de Dieu, et dues au Seigneur Jésus. Si un homme appelé frère est impur dans ses actes, ses paroles, ses voies, ou dans l'état d'esprit qu'il manifeste, il nous est commandé de ne pas même manger avec lui. Et ce serait un péché beaucoup plus grave si quelqu'un n'apportait pas la doctrine du Christ, ou même si quelqu'un niait les peines éternelles pour les perdus. Assurément, Dieu ne permettra jamais que la profession de Christ soit un passeport pour celui qui déshonore Christ. C’est ici, et ici avant tout, que le Saint Esprit est jaloux, si la Parole de Dieu doit être notre règle. Toute vérité, sans doute, est importante à sa place et en son temps. Mais, mettre le corps au même rang que la tête est pire que de l'ignorance. L'erreur ecclésiastique, même si elle est réelle et grave, ne s'approche jamais de la négation de la doctrine du Christ. Pesez comment l'apôtre de l'amour, l'ancien, nous avertit solennellement d'être sur nos gardes dans un tel cas (2 Jean 9). Nous ne sommes pas libres de recevoir dans le privé, encore moins en public [c.à.d. dans la communion de l’assemblée], ceux qui n'apportent pas la doctrine de Christ. Nous sommes sans équivoque tenus de rejeter toute hétérodoxie [c.à.d. doctrine étrange] en général, mais en particulier ce qui est un mensonge contre Christ - oui, et de traiter ceux qui les reçoivent comme participants de leurs mêmes mauvaises œuvres. Mais nous n'avons pas le droit de confondre l'Assemblée avec Christ, comme le font les catholiques romains, ni de placer l'erreur ecclésiastique au même niveau qu'un mal portant atteinte à la personne de Christ. Ce ne serait pas de la foi mais du fanatisme : Que penser de ceux qui conçoivent ou propagent ces déchets comme étant la vérité ?
En gardant l'unité de l’Esprit nous devons accepter la responsabilité scripturaire « d'ôter le levain ». Et, comme nous l'avons vu, l’Esprit de Dieu écrit directement à une dame élue et à ses enfants, parce que pour une telle question concernant Christ, le devoir est immédiat et impératif. Il y a des années, ayant eu affaire à un cas semblable, la deuxième Épître de Jean nous a été d'un grand secours. Car, répondant à son argument qu'elle n'était qu'une sœur et que sa responsabilité n'était pas de faire ceci ou cela, il fut immédiatement rappelé que ce n'était pas à une assemblée, ni même à un Timothée ou à un Tite, mais à une dame avec ses enfants que l’Esprit Saint écrivait, insistant sur sa responsabilité personnelle et incontournable. Nous pouvons être certains que l’Esprit de Dieu n'a pas inspiré une lettre destinée à une sœur et à ses enfants sans la plus urgente nécessité, et dans le but de prévenir justement une telle excuse pour ne pas pratiquer ce qui, en tout temps, est dû à Christ. Nous savons tous que les femmes sont susceptibles de se tromper par le biais de leurs affections, étant naturellement plus disposées à agir par sentiment qu'avec un calme jugement. La Parole de Dieu reconnaît cela par l'avertissement général de 1 Tim. 2 et l'avertissement spécial de 2 Jean. Leur activité est toujours à craindre dans les cas qui ne concernent pas Christ - un déshonneur pour elles-mêmes et pour les hommes qu'elles induisent en erreur. La vérité n'est peut-être pas toujours agréable, bien que toujours salutaire et bonne. C'est la vérité que nous désirons recommander aux âmes et que nous devrions accueillir. Nous sommes tenus de veiller à ce que l'Assemblée de Dieu ne soit pas une couverture pour quelque mal connu, et par-dessus tout qu'elle n'admette pas ou n'abrite pas consciemment ce qui ternit la gloire de Christ. Mais les femmes sont de mauvais conducteurs, ou même instruments, sauf si l'Écriture le justifie.
Dans quel état (connaissance, associations) avons-nous découvert la vérité de l’assemblée ?
Sachons distinguer les choses qui diffèrent. L'église officielle anglaise avait à l'origine, en dépit de nombreux et graves défauts, un saint objectif en tournant le dos, comme elle l'a fait, à [l'Eglise romaine,] une imposture abominable et débordante. Bien qu'étant beaucoup entravée, en particulier par le roi, dans son travail de purification de nombreuses superstitions enracinées, elle s’est honnêtement opposée à ce qui était connu comme du mal. Mais elle a régressé plus tard, jusqu'à ce que les pratiques rituelles imposées aient forcé beaucoup de non-conformistes pieux à en sortir, alors que son origine était pourtant moralement respectable et pieuse. Car ce n'était pas une petite lutte dans ces jours-là que de garder une bonne conscience et de s'opposer à ceux qui les entraînaient dans le formalisme. Nous n'avons pas besoin de parler du mouvement de Wesley, et de Whitefield, qui était surtout missionnaire, et non ecclésiastique. Nous savons avec quelle puissance Dieu ensuite a travaillé en réveillant ses enfants, il y a cinquante ans, leur faisant prendre conscience de l'éloignement du fondement originel - celui qui est de garder l'unité de l’Esprit. En un tel temps, ce n'était pas une petite chose que de reconnaître la réalité sur la terre de la présence de l’Esprit Saint, et donc du corps de Christ. De ce fait, comme membres de ce corps, nous avons le devoir incontournable de garder cette unité dans son vrai caractère, étant soumis aux conditions que le Seigneur a établies dans sa Parole, et à elles seules. L'Esprit a créé cette unité, une unité qui comprend tous les membres du corps de Christ, excepté ceux qu’une discipline conforme à la Parole nous oblige à rejeter. Tous seront intéressés de savoir qu'un témoignage, non sans importance, a été donné en 1828 comme jamais auparavant sur cet important sujet, avec le traité : « Considérations sur la nature de l'Église de Christ ». Le but était de montrer qu'il est impossible pour des chrétiens qui veulent honorer le Seigneur de marcher avec le monde, au lieu de marcher (ne seraient-ils que deux ou trois) dans cette unité divine. Il s’agissait [aussi de démontrer] que dans les dénominations, le lien n'est pas leur unité mais en fait leurs différences, et que donc ce n'est pas du tout la communion de l'Assemblée de Dieu, laquelle considère, par la foi, tous les enfants de Dieu, comme chaque véritable assemblée fait et doit faire. Ceux qui appellent cela de la largesse ne connaissent pas le terrain divin et ont inconsciemment dérivé vers une secte. Loin de nous de rechercher ou de vouloir apprécier l'intelligence ecclésiastique avant que des âmes prennent leur place à la table du Seigneur - ce serait une véritable erreur de notre part de l'attendre, et une honte plutôt qu'un honneur pour les quelques personnes qui pourraient posséder cette intelligence. Car comment, en tant que membres de Christ, [ces personnes parmi nous] ont-ils acquis cette connaissance ? Dans une infidélité manifeste, [c.à.d.] soit en continuant toujours avec une mauvaise conscience dans leurs enclos et activités dénominationnelles, soit [en participant aux réunions] dans la position anormale de simples auditeurs extérieurs, cherchant à se familiariser avec cette vérité. Mais cette position extérieure [comme auditeurs] les déclarait n’avoir ni part ni lot, comme si leur cœur n'était pas droit devant Dieu. Pourtant ils étaient déjà membres du corps de Christ et, comme tels, ils auraient dû être à l'intérieur [c.à.d. en pleine communion], apprenant plus sainement et plus heureusement cette vérité qu’ils mettaient en pratique dans leur simplicité. Ils auraient acquis une intelligence plus vraie et meilleure que cette compréhension intellectuelle de l’Église, surestimée de façon tellement erronée par quelques-uns parmi nous.
Le fait est que nous avons tendance à oublier nos propres débuts et les voies pleines de grâce du Seigneur envers nous lorsque nous avons rompu le pain pour la première fois, ne connaissant alors peut-être aussi peu que quiconque [au sujet de l’Église]. Combien nombreux sont les frères qui maintenant sont parmi les plus fermes et intelligents en communion, qui - ne discernaient que faiblement non seulement l'Église, mais même l'Évangile du salut et la vérité révélée en général – quand ils ont pourtant trouvé dans le nom du Seigneur un passeport immédiat pour participer à la cène. Ils n'étaient pas du tout au clair quant à leur chemin futur, bien que attirés par la grâce qui les accueillait comme des frères et appréciant de la foi simple qui s'inclinait devant la Parole du Seigneur d'une manière et d’une mesure qui dépassaient leur expérience précédente. Quel manque de sagesse et quelle inconvenance de la part de ces mêmes personnes, d'exiger maintenant de frères qui demandent [leur place] une connaissance de l'Assemblée bien supérieure à celle qu’ils avaient eux-mêmes au début, laquelle ne s'acquiert en fait qu'au sein de l'Assemblée et dans le chemin d'obéissance - là où l'Esprit guide dans toute la vérité ! Pour ceux qui grandissent de cette manière et sont ainsi conduits, le catholicisme ou les dénominations sont jugés d'eux-mêmes par la Parole, et ils les trouveront tous deux tout à fait insatisfaisants et repoussants, comme étant manifestement de l'homme et non de Dieu. Qu'est ce qui leur donne ces convictions nouvelles et fermes ? Ni influence, ni préjugés, ni raisonnements, ni imaginations, mais la vérité appréciée par la puissance de l'Esprit de Dieu.
Quelle est donc la voie du Seigneur vis-à-vis des siens qui doivent encore apprendre ?
Devons-nous donc être légers ou relâchés quant à la vérité divine ? Non, mais il s'agit de savoir quelle est la voie du Seigneur vis-à-vis de ceux qui sont siens et qui doivent encore apprendre : s'agit-il [d’apprendre] dans la liberté ou dans la servitude ? Sans aucun doute, chaque chrétien doit garder l'unité de l’Esprit, comme étant rassemblé au nom du Seigneur et à aucun autre. Un saint ne peut avoir légitimement deux communions. La communion du corps de Christ n'est-elle pas, dans son principe, exclusive ? Suivez de toute votre âme le Seigneur Jésus, reconnaissez le seul corps et le seul Esprit, recevez au nom du Seigneur tout membre pieux qui lui appartient. En ceci il n'y a ni largeur ni sectarisme. De même que la Parole de Dieu est claire, de même la présence de l'Esprit demeure. Je n'admets donc pas que garder l'unité de l’Esprit ne soit qu'une vaine prétention. De même que l’Esprit qu’il demeure, son unité demeure. Et ceux qui ont reçu l’Esprit Saint sont tenus de marcher dans cette unité-là, et dans aucune autre. Le Seigneur les a unis les uns aux autres, membres de l'Assemblée que Dieu s'est formée pour lui-même dans ce monde. Et je dénie le droit à quiconque d'établir une autre unité, qu'elle soit concurrente ou remplaçante. Si vous avez le Saint Esprit, vous appartenez déjà à ce seul corps. Vous êtes donc appelés à manifester cette unité à l'exclusion de toutes les autres.
Ainsi nous n'avons pas à faire à une association volontaire. Il n'est pas question de concevoir quelque chose de meilleur que l'Église nationale ou les Dissidents, ni une alliance qui condamne réellement, tout en les sanctionnant apparemment, les institutions existantes du protestantisme orthodoxe. La vérité, cependant, c'est qu’avant toutes ces tentatives, Dieu lui-même avait formé son Assemblée sur la terre, et ceux qui ont son Esprit en sont de ce fait constitués membres, et ils sont responsables d'agir en conséquence. Dans son Assemblée, le levain doctrinal ou moral est intolérable, si nous nous inclinons devant l’Écriture. Tout chrétien est tenu de rejeter la fausseté et la souillure, aussi bien collectivement qu'individuellement. Car la ruine de l'Assemblée ne nous enferme pas dans l'individualité. Si nous poursuivons la justice, la foi, l'amour et la paix, nous pouvons et devons le faire avec tous ceux qui invoquent le Seigneur d'un cœur pur. Chercher l’isolement est un péché, c’est renier la communion. L'Assemblée de Dieu implique le rassemblement de ceux qui sont siens. Même si nous sommes nombreux, nous sommes un seul pain, un seul corps. La Cène étant l'expression extérieure de cette unité, il est indigne des croyants de se plaindre que l'on fasse trop de cas de sa Cène et de sa Table - car c'est Dieu qui les appelle siennes, et non nous qui ne faisons que nous attacher à sa parole et nous confier à sa volonté. En cela nous devons, sans aucun doute, garder Christ devant nos yeux, sans quoi nous sommes en danger d'adapter la cène à nos caprices ou à notre volonté. Si par la grâce de Dieu nous tournons nos regards vers Christ, nos cœurs iront vers tous ceux qui sont siens et marchent de manière pieuse.
Quelles conséquences si on ajoute des exigences avant de recevoir des membres du corps ?
Cela fait longtemps que Satan s'est efforcé de falsifier le témoignage de Christ parmi ceux qui professent être réunis à son Nom. Une de ses ruses a été, sous prétexte de lumière et de justice, de compromettre la grâce et la vérité de reconnaître librement les membres du corps de Christ. Se trompant totalement sur la prise de position contre la neutralité, [certains] voudraient n’accueillir aucun chrétien à la table du Seigneur à moins qu’il ne juge son ancienne position avec suffisamment d'intelligence quant à [la vérité du] seul corps et du seul Esprit et qu'il ne promettait pas de ne jamais retourner à son ancienne église ou chapelle. Ceci est à mon avis non seulement de l'incrédulité, mais un principe mauvais et fondamental. C'est une manière sournoise de refaire une secte de ceux qui connaissent l'Assemblée. Et en réalité c’est prouver combien peu ils apprécient l’unité du corps : Sinon, ils ne pourraient pas laisser la connaissance prévaloir sur la relation avec Christ, comme ils le font. L'Eglise n'est jamais correctement ou véritablement apprise sauf à l'intérieur, selon la Parole, où il faut laisser de la place pour grandir dans la vérité par la foi et la grâce de Dieu. Le danger subsiste donc de nier pratiquement le fait que l’on est membres de Christ, en exigeant une intelligence préalable du corps de Christ, une attente aussi antiscripturaire que manquant de sagesse, et d'autant plus faux qu'une telle intelligence n’existe que faiblement parmi beaucoup de ceux qui sont en communion depuis des années. Et il est tout aussi dangereux et pénible, pour ceux qui ont déjà été reçus, de voir cette exigence de vérité et de justice imposée sans grâce. Or ceux qui sont le plus dans l'erreur sur ce point ont tendance à parler le plus fort de ce qu’eux-mêmes, en réalité, mettent en danger ou annulent involontairement.
1) Exemple de la division de Plymouth 1845: Réception en dépit d’erreur ecclésiastique
Peu de personnes se souviennent de la division de Plymouth en 1845-1846. Des difficultés d'ordre moral ne manquaient pas, mais tout tournait autour de l’effort d'un grand parti influent qui perdit foi dans la présence du Seigneur et dans la libre action du Saint Esprit dans l'Assemblée, et qui chercha l'indépendance avec ses conducteurs. Inutile de dire que le caractère céleste et l'unité de l'Église s'étaient dissipés, de même que l'attente du Seigneur Jésus comme espérance imminente. Dieu ne supporterait pas au milieu de nous un tel manque de foi et de fidélité. Mais la majorité des saints était séduite par l'erreur et fut sourde à l'avertissement. Seuls quelques-uns se sont séparés, pointés du doigt comme schismatiques par ceux qui se glorifiaient de leur nombre, de leurs dons et de leur bonheur. Que furent donc les relations de ceux qui, à cause du Seigneur et à cause de la vérité, furent forcés dans leur conscience à se tenir à l'écart ? - Car la majorité hautaine refusa totalement l'humiliation et se réjouit de voir dehors ceux dont elle s'était éloignée depuis longtemps et avec de plus en plus d'amertume. La minorité d'alors se réunissait d’abord dans leurs maisons privées uniquement pour s'humilier et prier, puis, après quelque temps, pour rompre le pain. Mais ils n'ont jamais pensé à rejeter les pauvres brebis affamées qui cherchaient de temps en temps à rompre le pain avec eux, sans pour autant couper leur lien avec Ebrington Street. En effet ces âmes étaient retenues non seulement par de nombreux liens, mais aussi par une grande crainte, à cause des paroles enflées et des actions persécutrices de la part de leurs vieux conducteurs et amis - notamment de sœurs qui n'ont pas eu un rôle enviable dans cette triste histoire. Elle [c.à.d. la minorité qui recevait] avait bien sûr cette sauvegarde morale que personne engagé volontairement dans la défection de Plymouth [c.à.d. le départ de la vérité], en particulier aucun des chefs, n’avaient [d’autres sentiments] que du mépris pour eux, les séparés. [Ainsi,] seuls les [frères et sœurs] simples vinrent, et parce qu'ils le faisaient, ils étaient exclus par le parti d'Ebrington Street [la majorité à Plymouth]. Mais nous les recevions librement au nom du Seigneur, même s’ils pouvaient être si faibles qu'ils désiraient encore la communion avec leurs anciens amis.
2) Exemple de la division de Plymouth 1848: Séparation à cause d’hérésie contre Christ
Mais du moment qu'est apparue l’hérésie blasphématoire touchant la personne de Christ, toute cette patience a pris fin. La porte fut fermée à tous ceux qui continuaient avec une faction anti-chrétienne. Tant que c'était une erreur ecclésiastique, aussi fermement que nous l’ayons refusée et que nous en soyons sortis, il y avait de la patience envers ceux qui ne parvenaient pas à la discerner ou à la juger pratiquement. De tels saints connus d'Ebrington Street qui venaient étaient cordialement reçus - et qui n’a jamais entendu qu'un seul ait été refusé dans ces circonstances ? Mais au contraire, dès que cette fausse doctrine contre Christ a été connue, une position sans compromis a été prise dès le début ; et aucune âme n’a été reçue par la suite qui ne s'était pas purifiée de l'association avec une insulte aussi fatale contre le Père et le Fils. C'est avec des partisans de ce mal là que Béthesda s'est identifiée, et a rendu nécessaire la division mondiale qui a suivi en 1848.
Un sérieux avertissement à ceux qui poussent la division pour raisons ecclésiastiques
Que peut-on donc juger de ceux qui confondent ces deux choses si fondamentalement distinctes - l'erreur ecclésiastique, et la fausse doctrine concernant la personne de Christ et à sa relation avec Dieu ? Quel est le chemin à suivre dans chacun de ces deux cas ? Le parti divisionniste d'aujourd'hui me paraît autant coupable d'indépendance et de cléricalisme que celui d'Ebrington Street en 1845. Et les croyant ainsi dans l'erreur quant à la vérité du seul Esprit et du seul corps, je ne peux que me sentir reconnaissant de la grâce souveraine de Dieu [même] au milieu de tristesse accablante. Car c’est leur intolérance vis-à-vis des autres qui a pris l'initiative : et ils ont soit quitté, soit chassé dehors (trop souvent par des manœuvres indignes) leurs frères dont le seul désir était de demeurer réunis ensemble au nom du Seigneur, comme nous l'avons été si longtemps. Mais ils ont prouvé leur ignorance de la manière la plus évidente et à un degré surprenant en proférant des paroles malicieuses de ‘béthesdaïsme’, alors qu'ils auraient dû savoir, s'ils n'avaient pas été aveuglés par la précipitation et la rancune, qu’il n’y a pas [parmi ceux qu’ils accusent] la moindre ombre de ce mal pour lequel Béthesda et les soi-disant neutres ont été jugés. Qu'ils prennent donc garde que, commençant avec une erreur ecclésiastique comme Ebrington Street, ils ne tombent pas eux-mêmes bientôt dans une telle hérésie. Je prie que nos frères, par la miséricorde de Dieu, soient épargnés d'un tel péché et déshonneur plus grave envers le Seigneur. Mais déformer et négliger les Écritures et les faits, ainsi que l'incohérence avec tout ce que nous avons appris et fait jusqu'à présent devant Dieu, c'est suivre un sentier glissant. Les voir revenir d'un tel chemin serait véritablement une joie et une grande grâce de la part du Seigneur.