Un seul pain : Un seul corps (F. B. Hole)
Ephésiens 4:1-4 « Je vous exhorte donc, moi, le prisonnier dans le Seigneur, à marcher d’une manière digne de l’appel dont vous avez été appelés, avec toute humilité et douceur, avec longanimité, vous supportant l’un l’autre dans l’amour ; vous appliquant à garder l’unité de l’Esprit par le lien de la paix. [Il y a] un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés pour une seule espérance de votre appel. »
Quand les saints désirent marcher conformément à la vérité de l’église comme indiquée dans l'Écriture et qu’ils se rassemblent ainsi dans la communion pratique selon le modèle apostolique, nous ne devons pas nous attendre à ce qu’ils seront laissés en paix. L’adversaire de Dieu et de Son peuple est trop attentif et engagé sans cesse pour cela.
Plus que les violations ouvertes et flagrantes de la confiance ou de l'ordre de Dieu, il faut craindre les déviations plus subtiles de la vérité et de la simplicité qui apparaissent presque imperceptiblement au cours des années et s'ancrent dans l'esprit des gens sans même qu'ils en soient conscients, jusqu'à ce que la déviation soit finalement acceptée comme la voie principale originale de la vérité et soit défendue avec ténacité en tant que telle.
À titre d'illustration, nous mentionnons trois questions spécifiques que nous avons observées.
Le premier concerne la vérité du « seul corps ». Les chapitres dans lesquels il est fait allusion à cette vérité sont Romains 12, 1 Corinthiens 10 et 12 à 15, Éphésiens 1 et 4, Colossiens 1 et 2 ; et si on les lit attentivement et qu'on les examine, on s'aperçoit que la portée de cette vérité va dans le sens de l'unité, de l'amour, de la considération, du support mutuel et d'autres choses semblables, et que rien de ce qui concerne l'ordre et la discipline de l'église ne s’y trouve. Ephésiens 4:1-4 peut être considéré comme un résumé de l'application apostolique et de la portée de la vérité en question.
Nous avons toutefois vécu pour en voir un usage et une application très différente. Il y a bien des années, lorsque les croyants marchant en accord avec la vérité de l’Ecriture augmentaient passablement en nombre, et que des groupes d’entre eux se trouvaient dans beaucoup de lieux, il était reconnu que la vérité de l’unité du corps, au même titre que toute autre vérité, devrait réguler leurs interactions les uns avec les autres - autant que cela eut été le cas si au lieu de n’être qu’un résidu petit et insignifiant, ils avaient été l’assemblée entière dans leurs différentes localités. De cela il était déduit – comme nous le jugeons, à juste titre – que dans des affaires telles que des cas de discipline, ou d’autres actes de l’assemblée, le rassemblement local agissait pour tous, et donc que ses actions devaient être respectées à moins qu’ils ne soient évidemment contraires à l’Ecriture. L’unité du corps était ainsi justement invoquée pour prévenir indépendance et confusion d’action par la suite.
Dans les années passées, cette application ecclésiastique (qui vient d’être mentionnée) de la vérité de l’unité du corps, semble avoir été amplifiée dans beaucoup d’esprits au-delà de toute proportion, de sorte qu’elle a largement éclipsé l’application primaire comme l’Ecriture la présente. Pour certains, il semble qu’elle soit regardée à présent comme étant la vérité elle-même, au lieu d’une application secondaire qui est plutôt déduite de l’Ecriture que clairement écrite en elle.
Ainsi, dans certaines difficultés qui ont surgi, un effort entièrement disproportionné a été investi pour essayer de montrer que ce groupe ou cet autre groupe de saints est « hors » du terrain de l’unité du corps pour raison d’avoir fait un certain faux pas ecclésiastique, comme la non-reconnaissance d’une décision ou d’un acte de quelque autre rassemblement, ou chose semblable.
De plus, en amplifiant cette application secondaire à l’obscurcissement de l’application première, la vérité de l’unité du corps est devenue le grand terrain d’exclusion et de rejet, plutôt que celui de la réception. Qui, par exemple, a entendu parler d’une assemblée recevant quelqu’un et demandant ensuite que toutes les autres assemblées reçoivent cette personne sous peine d’être vues comme étant « hors » du terrain de l’unité du corps? De tels agissements ont toujours pour but un acquiescement à des actes d’exclusion ou de rejet.
Ainsi, en mettant trop l’accent sur l’aspect secondaire, la force première de la vérité est perdue de vue et même annulée. Des cas similaires à travers lesquels la Parole de Dieu était rendue ineffective étaient fréquents au temps de notre Seigneur, comme le montre les évangiles.
Ce qui précède nous amène naturellement [au deuxième point:] à nous enquérir s’il n’y aurait pas une mauvaise compréhension de plus qui sous-tend ce détournement de la vérité de son application adéquate.
Nous pensons que l'une de ces idées fausses, entretenue par un nombre non négligeable de personnes, consiste à supposer que le fait que les saints se rassemblent à la lumière de la vérité sur le terrain de l’unité du corps de Christ leur confère un statut corporatif, distinct de celui qui appartient à l'église dans son ensemble.
Certains passages de l’Ecriture présentent la déchéance dans l’église professante et indiquent notre chemin et nos ressources dans ce contexte. Il s’agit de Actes 20 ; 2 Timothée ; et 2 et 3 Jean. Qu’est-ce que ces passages ont à dire à ce sujet ?
Ils montrent clairement que même si des loups entreraient du dehors, et qu’au-dedans il n’y aurait pas de sécurité dans le moyen d’anciens (c.-à-d. un exercice d’autorité comme originairement établi par Dieu), toutefois, Dieu et la Parole de Sa grâce demeurent toujours à disposition : qu’indépendamment de la hauteur qu’atteindrait la montée du mal, la fondation de Dieu resterait sûre et que des hommes fidèles seraient trouvés capables d’enseigner d’autres ; et pas seulement cela, mais que jusqu’à la fin il y en aurait qui invoqueraient le nom du Seigneur d’un cœur pur, même s’ils ne seraient que peu : Quelques-uns qui aiment la vérité et qui ont un bon témoignage de la vérité même. Il n’y a, toutefois, aucune indication que de telles âmes fidèles, en agissant ainsi, acquerraient un statut corporatif particulier. Ils peuvent bien jouir collectivement de beaucoup de choses desquelles ils ne pourraient jouir individuellement ; mais collectivement, ils n’ont rien à part du corps de Christ entier.
En effet, que ce soit dans l’Ancien ou dans le Nouveau Testament, lorsqu’une institution de Dieu échoue, il n’apparaît pas qu’à une date ultérieure Il accorde un statut corporatif renouvelé ou particulier à une partie de l’ensemble, aussi pieux ou éclairés puissent être les individus qui le composent. C’est par la suite toujours un cas de fidélité individuelle accompagnée d’un retour de cœur au statut original, statut auquel le fidèle a part à cause du fait qu’il fait partie de l’institution originelle et non pas parce qu’il pourrait prendre avec d’autres la position d’un vrai résidu.
Notez par exemple :
– Lorsqu’Israël fit le veau d’or, ils ne purent avancer dès ce point que soutenus par la fidélité individuelle de Moïse (cf. Exode 33 :12-17). Lorsqu’étant dans le pays et Josué étant mort, ils tombent rapidement. Des réveils furent accordés, mais alors toujours dans la puissance de foi et action individuelle. « Et quand l’Éternel leur suscitait des juges, l’Éternel était avec le juge [il n’est pas dit que l’Éternel était avec le peuple], et les délivrait de la main de leurs ennemis pendant tous les jours du juge » (Juges 2 :18)
– Lorsqu’après la captivité certains revinrent de Babylone, ils étaient de manière évidente conduits par la foi et l’énergie d’hommes de Dieu individuels comme Zorobabel, Esdras et Néhémie. Sous l’influence de ces hommes, ils commencèrent brillamment, embrassant fraîchement les pensées de Dieu par rapport à tout Israël et se considérant liés à eux.
– Voyez par exemple Esdras 6:17 ; 9:4-15. C’était justement parce que plus tard ils commencèrent à s’arroger une position particulière, bien plus exclusive et hautaine que l’appel original d’Israël qu’ils développèrent l’état d’esprit qui les prépara à rejeter le messie lorsqu’Il vint.
Dans le Nouveau Testament la vérité du mystère fut confiée à l’apôtre Paul. Il était aussi le « sage architecte » qui n’a pas seulement posé le fondement, mais qui ensuite traita dans ses épîtres des affaires liées à l’ordre, la discipline et l’administration dans les assemblées. Il est donc spécialement frappant de trouver que dans son épître d’adieu à Timothée, il s'adresse simplement à un individu fidèle, et qu'il désigne l'ensemble des individus fidèles, non pas par une expression qui indique un statut corporatif particulier leur appartenant, mais par une expression qui indique leur caractère moral : « Ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur ».
La position d’un résidu est donc, dans toutes les dispensations, une position individuelle. Le temps présent n’est pas une exception. Des saints qui dans les années suivantes se sont ralliés à la vérité et réunis sur le terrain de l’unité du corps n’ont pas acquis quelconque statut corporatif particulier en le faisant ; ils ont été au mieux des individus fidèles marchant dans la vérité.
Le fait qu’ils n’ont pas de statut au-delà du statut original de l’église, lequel tous les saints partagent avec eux, ne leur donnent pas le droit de négliger quelque élément de la vérité. Bien qu’ils soient des individus, ils sont responsables d’être gouvernés par la vérité de « l’assemblée », car [ils sont responsables d’être gouvernés] par TOUTE la vérité.
La troisième chose à laquelle nous nous référons est le fait que la coupe et le pain de la cène du Seigneur sont liés à l’unité du corps. La coupe et le pain représentent le sang et le corps de Christ. En 1 Corinthiens 10 il est parlé d’eux comme la communion de Son sang et de Son corps plutôt que la représentation de ceux-ci, vu que « nous qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps » ; et donc il n’y a pas seulement la pensée de notre identification avec la mort de Christ, comme le Juif était identifié avec son autel, ou le païen avec les démons, mais aussi la pensée que nous sommes tous ainsi ensemble identifiés comme un corps, car il est ajouté « nous participons tous d’un seul et même pain » (v17).
Il faudrait soigneusement noter que ces mots indiquent simplement que la participation du seul pain dans le repas du Seigneur est l’expression de cette unité, et qu’ainsi on peut y faire appel comme au signe ou à la preuve de celle-ci. Il n’est pas dit que le fait que nous mangions du pain est la cause de cette unité. Nous disons par exemple : « il fera beau demain car le baromètre monte », et par ceci nous n’entendons pas que le baromètre produise le beau temps mais qu’il en est le signe. Ainsi notre participation commune au seul pain est le signe et l’expression du fait que nous sommes un seul corps.
Ceci est important, car le résultat presque certain de croire que les saints qui se rassemblent sur une base scripturaire obtiennent un certain statut corporatif sera de connecter la cène du Seigneur et sa communion avec ce « cercle intérieur » plutôt qu'à l'ensemble du corps; le rendant ainsi l’expression de « notre » communion au lieu de la vraie communion chrétienne. Cela crée à son tour la tendance à l’exclusion de personnes de la cène du Seigneur en dehors de l’autorité de l’Ecriture, parce qu’ils ne nous plaisent pas ou ne sont pas en harmonie avec les buts que nous poursuivons, ou pour d’autres raisons similaires.
Si un individu s’assied et prend part à la cène du Seigneur, il est par cela reconnu comme membre du seul corps et comme propre à la communion chrétienne ; aucune question n'est soulevée quant à savoir si tous peuvent être d'accord avec toutes ses pensées et ses actions. Cela est assez clairement indiqué par les versets 23-29 de 1 Corinthiens 10.
C’est un fait frappant, et pour lequel nous demandons une attention particulière et soigneuse, que précisément le chapitre qui met le plus fortement l’accent sur la question de la communion ou de la participation en rapport avec la mort de Christ et Sa table, ne se termine pas sans adresser des questions demandant la liberté de l’exercice de la conscience individuelle et de la foi. Cela prouve clairement que la vue extrême de la communion, qui rend tous au sein [de cette communion] responsables et identifiés à chaque acte individuel, n'a aucun fondement dans les Ecritures.
Nous ne supposons bien sûr pas des vues et des actes qui remettent en question la vérité.
Si quelqu’un était exercé à rompre le pain avec les saints assemblés dans un certain lieu, compte tenu de ce qui précède, il serait pertinent de poser la question :
– Est-ce que vous désirez que je me considère par ceci comme lié à une association que vous avez formée, et dédié, pour ainsi dire, à votre plateforme ; ou est-ce que vous désirez me recevoir comme membre du corps, c’est-à-dire lié à l’association que Dieu forma à l’origine, et dédié à l’identification à la mort de Christ ? En pratique, il y a beaucoup qui dépend de cela.
Dans l’un des cas, c’est simplement du sectarisme, même si les membres de cette secte seraient très éclairés et recommandables. Dans l’autre cas, c’est marcher, en tout cas jusqu’ici, dans la vérité.